(French Below)
Lauren Coullard’s paintings look like shrouds. Yet there is nothing mortiferous about her harlequin and toonesque artworks, of which the palette – confident in its effects – dares all combinations. Rather, they have a certain ability to arouse buried characters and distant sagas. Here, for example, with a relic of courtly love – in the style of the Middle Ages – but which Lauren Coullard has updated and sprinkled across the four corners of a large format painting as a topless Amazon, eyes skimming a sharpened sword, the backbone of a dragon, and a castle’s coat of arms.
The most important element in Lauren Coullard’s work – who masterfully practices the art of the portrait and its ancestral cousins – is what lies hidden. The unseen adds density to her paintings on canvas, foam, wood, and sometimes even cereal boxes. She begins by retracting her literary references – from Alexandre Dumas to Gogol to Pierre Louÿs – and prepares each painting by disposing of a composition, then choosing a harmony of colors that will make it rise vertically, much like the deep dark violet she uses in one of her latest series. Or, like the erudite artist explains, she decides to adventure into plains that are void of horizons. Lauren Coullard “suffers color” just as much as she attempts to understand it when rereading the work of Kandinsky, for example. The fact remains that behind every outstretched frame lies a collage in postcard format, created with old images she has printed and re-photocopied and laminated scraps she picks up around her studio. There we find heroines with decomposed faces that have been stitched back together as they resurface from the interlacing of ancient art history. The collage – always invisible – is the black box of each of Lauren Coullard’s paintings. In the future, the young artist and co-founder of Paris’ Doc Studios has decided to turn to cyborg characters.


Les peintures de Lauren Coullard ressemblent à des suaires. Rien de mortifère pourtant dans ses tableaux arlequins et toonnesques dont la palette, sure d’elle et de ses effets, ose toutes les combinaisons. Disons plutôt qu’ils ont une certaine faculté à faire remonter à la surface des visages enfouis et des épopées lointaines. Comme ici, un reliquat d’amour courtois, tel qu’on le pratiquait au Moyen Age, mais qui chez Lauren Coullard s’actualise et s'étoile aux quatre coins du tableau grand format pour laisser deviner une amazone au sein nu et à l'oeil qui frise, une épée affutée, l’épine dorsale d’un dragon ou le blason d’un château fort.
Au fond, le plus important chez Lauren Coullard qui pratique avec beaucoup d’aisance l’art du portrait et son pendant ancestral, celui du maquillage, est bien ce qui se cache et donne de l’épaisseur à ces peintures sur toile, sur mousse, sur bois et même sur des paquets de céréales. A commencer par les références littéraires escamotées, d’Alexandre Dumas à Gogol en passant par Pierre Louÿs, et la mise en condition que pratique l’artiste avant chaque peinture : disposition du set et choix d’une harmonie de couleurs qui la feront, c’est selon, monter à la verticale – c’est le cas du violet sombre et profond qu’elle utilise dans l’une de ses dernières séries – ou s’aventurer dans des plaines sans horizon comme l’explique cette érudite qui « subit les couleurs » autant qu’elle essaye de les comprendre en relisant, par exemple, Kandinsky. Reste que derrière chaque châssis tendu main se cache réellement un collage format carte postale réalisé à partir d’images anciennes imprimées et rephotocopiées et de chutes plastifiées ramassées dans l’atelier. On y découvre généralement un visage suturé, ressurgi des entrelacs de l’histoire de l’art ancien. Ce collage, invisible, est la boite noire de chaque peinture de Lauren Coullard. A l’avenir, c’est vers des personnages cyborg que cette jeune artiste installée dans l’un des ateliers partagés du Doc à Paris, entend se tourner.

Claire Moulène, 2018