« Curtains are a lovely a thing » Jutta Koether, f.


Le rideau se lève et tout commence. À droite, une femme, elle se tient nue, pale comme le jour, les joues roses du matin. Le fond est vert, d’un vert puissant, d’un vert de forêt noire, d’un vert allemand. On y discerne des yeux luisants, ceux de personnages fantastiques ou de contes de fées. Ici traine l’Histoire de l’homme, celle de la peinture, celle des promenades en bord de lisière. Arlequin discute nonchalamment avec la reine Elisabeth II, Norma lève les yeux aux ciels pendant que trois saints se disputent la conversation. L’ensemble est parfait presque trop mis en scène. « On est bien au théâtre ? » chuchote une personne à son voisin. L’autre ébahi, regarde muet les formes se mouvoir. Le personnage sur la gauche est tout de noir vêtu, lambeaux de tissu, déguisement de fou ou tenue de cirque. Ici où là un détail arrête le jeu des acteurs, ce drapée, ce froissée, ce dernier bouton qui se décroche négligemment du haut de la robe de cette femme brune aux yeux bleus profonds. Elle tourne la tête vers nous.

Cette tension dans le mouvement coupe le souffle, fait siffler les langues, et retenir les larmes. Si tout est chaos, rien ne semble avoir mieux été composé que cette histoire farfelue. Certains personnages se griment en d’autres et il est impossible de savoir si Marie Madeleine n’est pas devenu un peu Phèdre entre deux entrées en scène. Trois actes, trois temps, trois couleurs. Rien n’est plus juste que le rythme qu’on nous impose dans ce ballet de mouvements. Et les formes passent d’un corps à l’autre, d’une scène à l’autre. Au centre de la scène, un personnage semble se liquéfier, ne former plus qu’une tache, un aplat de couleurs à peine dégrossi. Tout est fait pour provoquer l’erreur. Tout apparait puis disparait. Les tissus dégorgent de couleurs, les yeux s’écarquillent, les formes se déploient. Comment en est-on arrivée ici ? La fantaisie est maitre, les couleurs s’éparpillent et sautent de joie.
Et puis en poussant le rideau, le soleil nous éclate au visage comme une poudre étouffante. On n’y croirait pas si on ne revenait pas d’un mirage.


Marion Vasseur Raluy, 2016



by Mies van der Rohe & Lilly Reich
Café Samt & Seide, 1927: by Mies van der Rohe & Lilly Reich