The Lucky Stories. (French Below)


As soon as he was dressed, he went into the library and sat down to a light
French breakfast, that had been laid out for him, on a small round table close to the open window.
It was an exquisite day.
The warm air seemed laden with spices.
A bee flew in, and buzzed round the blue-dragon bowl that,
filled with sulphur-yellow roses, stood before him.
He felt perfectly happy.
Suddenly his eyes fell on the screen that he had places in front of the
portrait

The Picture of Dorian Gray, Oscar Wilde

Sometimes we’re lucky, sometimes small unforeseen miracles happen in the
sinuous course of life. One of these was my meeting with Lauren Coullard, and
almost immediately afterwards with her art, at about the exact moment it was
starting to get born. Shortly then a new miracle - these were sumptuous times
Lauren Coullard started to paint. Suddenly, on the table, as airdroped from an invisible country where these sort of serene fireworks had been nicely waiting to hatch, Lauren Coullard’s first paintings. Just like that.

If the world was paying more attention to what matters, it would have done
the same thing as we did: watch, admire, silently applause, and whisper our
admiration, carefully making sure that she was not hearing too much, to let her do what she does best: paint, without listening to anybody’s opinion, because the truth is that no one has anything to tell her about what she should or should not to do. After all, she's an artist.

The following months and years have been and keep being a long way of
recurring delights, everytime appear the modest and zigzagging epiphanies of joy, color, and personal narrative patterns rising with more or less density depending on the periods: characters in nature, human activities, vegetations, a few horses, or brillantly talented portraits that deconstruct the human face to rebuild it with only what amuses or intrigues the painter, resulting in small wonders of relevance, humor, pictorial accuracy and vital energy.
Or recently, abstract signs on splendid large size canvas, made of color, peace and joy, quick like scribbles, but with the perfection of color harmonies.

Because, in fact, the supposed antinomy between abstraction and figuration,
as some oppose body and soul, besides being a tremendous reduction of the
reality of painting, finds one more proof with Coullard that in the end, whether you recognize people or apples or cats in it, or you only see lines and tones, it is always, more or less, stories that are told or that fly around, with some more obvious and some more subtle. Which is why sometimes everything finds itself mixed up with everything, boundaries get blurred by the brush, we see something, and what is it? Well finally it is color, it’s movement, oil paint, a brush stroke: nothing more, and nothing less.

Stories, she has plenty, and today she’s telling us one more at Silicon: in
BREAK(FEAST), we are, you are, in a cereal bowl! And following a daydreaming reference to eighteenth century’s porcelain bowls having decorative patterns painted on the inside, here comes a beautiful wall frieze with dragons, as seen from inside this very bowl. And then, because a daydream bounces on one another, arise the memories of Mexican cereal boxes: photos of the Mexican boxes are printed and then pasted on the French ones, these collages are painted, and voilà: cereal boxes in the big cereal bowl, paintings in the installation, or maybe just a large painting that is also a large cereal bowl. Daydream’s pool ball bounces again on an elegance phantasy about the nineteenth century, catches sight of Dorian Gray, and here it is: Wilde’s hero’s taking his breakfast, or has taken it earlier, or maybe he is just about to take it - anyway, look right here: embroidered with his initials, he kindly left us his napkin.
The little ballet is in place, it is up to us now to dance.

Les histoires chanceuses


Dès qu’il fut habillé, il alla dans sa bibliothèque et s’assit devant un petit déjeuner à la française, léger, qui avait été disposé pour lui sur un guéridon proche de la fenêtre grande ouverte.
C’était une journée délicieuse.
L’air tiède semblait chargé d’épices.
Une abeille entra et se mit à bourdonner au-dessus du bol de porcelaine bleue à motifs de dragons qui, garni de roses jaunes soufre, était posé devant lui.
Il se sentait parfaitement heureux.
Son regard tomba soudain sur le paravent qu’il avait installé devant le portrait et il sursauta.

Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde

Il arrive que l’on soit chanceux, que de petits miracles imprévus adviennent dans le cours sinueux de l’existence. L’un de ceux-là fut ma rencontre avec Lauren Coullard, et presque immédiatement ensuite de son art, à peu près au moment exact où il naissait. Peu après encore un nouveau miracle arrivait — l’époque n’en était pas avare — : Lauren Coullard se mettait à peindre. Soudain, sur la table, comme parachutées d’une contrée invisible où elles avaient gentiment attendu d’éclore comme de petits feux d’artifice sereins, les premières peintures de Lauren Coullard. On a envie de dire : pouf, comme ça.
Si le monde faisait plus attention aux choses importantes, il aurait fait comme nous le fîmes : regardé, admiré, applaudi intérieurement, chuchoté notre admiration en prenant soin qu’elle n’entende pas trop, pour la laisser faire tranquillement ce qu’elle ferait toujours de mieux : peindre, sans écouter l’avis de quiconque, parce que la vérité, c’est que personne n’a rien à lui dire sur ce qu’elle doit ou ne doit pas faire. Après tout, c’est une artiste.
Les mois et les années suivantes ont été et continuent d’être une suite de joies renouvelées, chaque fois qu’apparaissent devant nos yeux les modestes et zigzagantes épiphanies de joie, de couleur, de motifs narratifs personnels qui reviennent plus ou moins densément selon les périodes — personnages dans la nature, activités humaines, végétations, quelques chevaux, portraits brillants de talent qui ont comme décomposé la figure pour la recomposer avec uniquement ce qui amuse ou intrigue la peintre, dont il ressort de petites merveilles de regard, d’humour, de justesse picturale et d’énergie vitale —, ou les signes abstraits de séries récentes, superbes grands formats colorés, joyeux et en paix, qui ont la rapidité du gribouillis et la perfection de l’harmonie de couleurs.
Car en fait, il faut bien le dire, l’antinomie usée qui oppose l’abstrait au figuratif comme d’autres opposeraient l’âme au corps, outre qu’elle réduit énormément la peinture, trouve chez Coullard une preuve de plus qu’à la fin, que l’on y reconnaisse ou non des gens, des pommes, des chats, ou que l’on n’y voie que lignes et tons, ce sont toujours, plus ou moins, des histoires qui passent, des narrations qui se suggèrent — certaines plus lisibles et d’autres plus subtiles. Alors parfois tout se mêle à tout, les frontières se défont sous le pinceau, au sein d’une scène représentée on voit une chose, et cette chose, c’est quoi ? Eh bien finalement de la couleur, des traits, un mouvement, de la peinture à l’huile, un coup de brosse : et rien à en tirer de plus, rien de moins.
Comme des histoires elle n’en manque pas, c’est encore une histoire qu’elle nous raconte aujourd’hui, à Silicon : dans BREAK(FAST), nous sommes, vous êtes, dans un bol de céréales ! Alors, en référence rêveuse aux bols de porcelaine du XVIIIe siècle, qu’ornaient des décors intérieurs, voici une belle frise à dragons, comme vue depuis l’intérieur du bol. Et puis, parce qu’une rêverie rebondit sur l’autre, surgissent les souvenirs des boîtes de céréales mexicaines : les photos des boîtes mexicaines se font imprimer puis coller sur des boîtes françaises, sur ces collages vient la peinture, et voilà : des boîtes de céréales dans le grand bol de céréales, des peintures dans l’installation, ou bien une grande peinture qui est aussi un grand bol de céréales. Et puis, la boule de billard de la rêverie fait encore un rebond par une élégance fantasmée de XIXe siècle, aperçoit Dorian Gray, et voilà : le personnage de Wilde prend son petit-déjeuner, ou bien il l’a pris tout à l’heure, ou bien il s’apprête à le prendre, en tout cas, là, regardez : brodée de ses initiales, il nous a laissé sa serviette.
Le petit ballet est en place, il ne tient qu’à nous de danser.


Jérémie Grandsenne, 2017