Éloge de la Figure Hybride


En prenant appui sur des figures et des lieux faisant référence à la littérature, à l’opéra ou à l’histoire de l’art, le travail de Lauren Coullard se conçoit comme autant d’artefacts qui se croisent dans un univers à la fois onirique, lyrique et fantastique. Ses collages sont constitués de documents d’archives : des images empruntées à la peinture classique, des reproductions de portraits de la Renaissance, des décors de théâtre et des scènes de films.

Au hasard des manipulations, des découpes et des recadrages, Lauren construit un espace dans lequel apparaissent et disparaissent des figures hybrides dont les détails - textures de tissus, bijoux, ou paysages fantastiques - sont mis en relief. Combinés, ils créent un effet de surimpression semblable aux productions des Surréalistes. Les strates formées par les chutes d’images qui rappellent les chutes de tissus de costumes, sont autant de filtres qui amènent à la disparition de l’image originale et en perturbe sa lecture. Le premier document semble soumis à une métamorphose, une mutation qui fait disparaître la source de l’image et créé un tableau vivant. Points d’ancrage de son travail, les collages sont aussi les premiers éléments dont découlent sa peinture.

De manière quasi obsessionnelle, elle sélectionne, trace, répète. Puis, par le dessin, elle extrait des images, des lignes et des formes avant de passer à la couleur. Si dans ses compositions, l’image se crée par ajouts et recompositions, dans la préparation des peintures il s’agit d’effectuer une perte de contrôle, un mouvement quasi chorégraphique. Chaque personnage est imprégné d’un mystère qui se révèle dans la singularité de ses formes. La multiplicité de ses portraits en fait autant de masques qui traduisent l’expression d’instants figés dans le temps.

A partir de personnages empruntés à l’opéra avec Norma, la littérature avec Armando Buscarini ou encore le cinéma d’épouvante avec Black Sunday, Lauren Coullard recrée l’atmosphère étourdissant d’un bal costumé où formes et figures s’entremêlent. Sa palette qui valse entre des veloutés pastels et des aplats acidulés est la manifestation d’une facture à la fois douce et expressive. Peu à peu, un voile se lève sur ce qui fabrique l’imaginaire, la scène, et les rêves. Vocabulaire de formes à la fois abstraites et archaïques, son travail engage la fiction, l’errance et projette le spectateur vers la conquête de territoires.

Léa Renaud, novembre 2017