La dame et le dragon mutant


Si à d’autres époques, le retour à des styles et architectures du passé survenait à des périodes marquées par l’historicisme, désormais il faut compter avec le vertige technologique qui brouille le curseur du temps. Au musée Rath de Genève « Le Retour des ténèbres » montrait l’influence du gothique depuis Frankenstein, tandis que le curateur Alexis Vaillant avait déployé une série d’expositions sur les éclats du symbolisme dans la période contemporaine.

Si la peinture de Lauren Coullard a pu être associée à un revival néo-médiéval, avec des références à l’amour courtois et à l’iconographie des dragons, il serait aisé de s’y tromper : ces sources historiques ont été transfigurées à travers les séries télé ou les boîtes de céréales, sur lesquelles il lui arrive de peindre.

En science-fiction, le cyberpunk fait coexister l’archaïsme de nos émotions avec des corps mutants. Il y a de la théâtralité dans ses peintures : le réel ne s’y distingue pas de sa mise en scène. Mais aussi une manière d’érotiser des formes androgynes ou de rendre puissants les corps féminins. « Les coulisses de l’Opéra Bastille sont hyper-technologiques, une vraie machine de guerre. Même si ce qui m’attire reste archaïque, ce sont les puissances des corps », dit l’artiste. Son univers peut croiser des films d’horreur italiens, Oscar Wilde, ou les corps-cyborgs de Donna Haraway. Le dragon médiéval trouve une correspondance avec la licorne, devenue symbole de culture internet, où les identités sont transformées par des avatars et le réel modifié par ses extensions virtuelles.


Pedro Morais, avril 2019

27x22cm, oil on canvas
Restored Youthfulness, 2019: 27x22cm, oil on canvas